16.12.2008
Les gentils Etats Généraux de la presse : le Figaro bien - Google pas bien (CQFD)
Le patron de Google News, Josh Cohen, venu spécialement de New York aujourd’hui pour témoigner dans le cadre des Etats-Généraux de la Presse sur la manière dont Google entend « faire partie de la solution », a essuyé une très virulente volée de bois vert de la part des principaux éditeurs des quotidiens et magazines français.
« Pour tous les éditeurs, quelque chose s’est brisé ces derniers mois dans notre relation avec Google », a estimé le patron de PubliPrint du Figaro, Pierre Conte. « Il y a encore six mois nous pensions y arriver, mais aujourd’hui, avec la crise actuelle, nous vous considérons comme notre pire ennemi ».
« Nous ne demandons pas la pitié, mais un meilleur partage des revenus. C’est comme cela que nous comprenons notre partenariat » sur la publicité en ligne, a ajouté Conte, ancien du monde de la pub.
Julien Billot, Directeur numérique et new business, Lagadère Active, s’est fait menaçant : « par temps de crise, votre modèle d’affaires est devenu prédateur. Le modèle de prix (de la pub en ligne) menace actuellement tout le monde ». Lagardère n’est pas loin de porter l’affaire à Bruxelles, a-t-il ajouté en regardant les représentants des pouvoirs publics français assis autour de la table du pôle 3 (Internet / numérique) des Etats Généraux.
Josh Cohen et Mats Carduner (patron de Google France et Europe du Sud) n’étaient pourtant pas venus les mains vides. Loin de là.
D’abord en affirmant clairement « vouloir faire partie de la solution », et en réaffirmant les prises de position récentes d’Eric Schmidt, le CEO de Google, qui avait évoqué l’été dernier « la nécessité impérieuse d’aider la presse ».
Pour cela, Cohen, a admis n’être pas venu à Paris, « avec une solution miracle », mais il a tracé des pistes de collaboration plus rapprochée en promettant une aide :
Pour étendre la distribution des contenus des éditeurs sur Internet et donc accroître leur trafic (via les outils Google, iGoogle, api’s, …)
Pour accroître l’engagement des internautes avec les sites de presse en les y faisant rester plus longtemps (via les applis Google, type Google Maps, Google Earth, …)
Pour mieux monétiser les contenus en valorisant mieux le display, grâce à l’acquisition de DoubleClick, même s’il a reconnu que le « display allait connaitre une année difficile », un meilleur ciblage, plus de partage d’infos, plus de pub comportementales….
Il a expliqué qu’en ligne, le trafic des journaux venait désormais pour moitié des sites des éditeurs et pour moitié par d’autres voies (search, recommandations, RSS, email…). Cette dernière partie ayant tendance à encore progresser. « Chaque page est désormais une Une ». « Nous devons mieux trouver vos contenus ».
« Chaque mois, nous renvoyons du trafic à hauteur de plusieurs centaines de millions de visites sur vos sites. Nous approchons du milliard ! ».
Mais « Google ne peux pas résoudre le problème de la baisse de la diffusion des journaux ». « Personne, pas même Google, ne peut renverser cette tendance. Votre modèle d’affaires doit changer ».
Mais les éditeurs français, qui reconnaissent que Google n'est pas à l'origine de leurs problèmes, n’ont pas voulu prendre la perche. « Pas suffisant » ont-ils répondu. « Les accords avec vous sont trop éloignés de ce que nous avons besoin ». « La principale question est le partage des revenus. Aujourd’hui, il n’est pas loyal ». « Et actuellement, avec la crise, des gens sont en train de mourir. Nous ne faisons pas assez d’argent pour vivre en ligne ».
« Le changement dans nos têtes s’est fait très vite avec le nouveau Google. Nous vous considérons désormais comme un danger pour la vie de nos entreprises », a lancé Conte. « Les CPM se sont effondrés, et la croissance de l’Internet a été récupérée par le +search+. Nous ne sommes plus en mesure de payer les journalistes professionnels pour faire leur travail ».
« L’écosystème des news est en train de mourir », a déploré Bruno Patino, qui dirige ce pôle des Etats-Généraux. « Et ce que nous entendons aujourd’hui signifie que nous sommes donc livrés à nous-mêmes, malgré les déclarations d’Eric Schmidt. Vous acceptez donc la fin des news comme nous les avons connues ».
« Vous avez une responsabilité sociale à assumer vis-à-vis des organes de presse. Vous devez prendre cela au sérieux », a ajouté l’ancien président du Monde Interactif et nouveau directeur général de France Culture.
Google, a répondu Cohen, continue de penser que « le journalisme de qualité est d’une importance capitale ; seulement le modèle d’affaires pourrait bien ne plus être le même à l’avenir». Quant au nouveau protocole ACAP de crawl, recommandé par de nombreux éditeurs de presse pour mieux contrôler leurs contenus sur le web, Google ne veut toujours pas en entendre parler.
Josh Cohen a regretté n’avoir pas pu jouer un rôle plus actif en participant plus directement aux travaux des Etats-Généraux. « Nous avons raté une opportunité. Essayons désormais de travailler ensemble sur des tactiques ».
Mais les éditeurs ont aussi dénoncé le manque de transparence de Google (« une boîte noire ») et de suivi dans les déclarations de bonnes intentions. Ils ont réclamé sans succès d’obtenir une idée des revenus de Google en France et des sommes reversés aux médias français. Ils avaient récemment estimé entre eux le chiffre d'affaires de Google France entre 800 millions et un milliard d'euros.
Nous aurons une réunion demain vendredi avec Google dans le cadre de la Commission Presse du GESTE (éditeurs de contenus et services en ligne) et j’espère que nous pourrons au moins établir un calendrier et un agenda concret de discussions rapprochées entre les éditeurs et le 1er moteur de recherche mondial.
(full disclosure : je suis membre de ce pôle 3 des EGPE, l’AFP a un contrat de licence de contenus avec Google, j’ai eu un rôle actif dans la tenue de cette réunion avec Google)
By Eric Scherer on Thursday 11 December 2008 (mediawatch.afp.com)
16:31 Publié dans Edition | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : états généraux de la presse, google


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